ALCHIMIE MATERNELLE, DANS MON JOURNAL

ALCHIMIE MATERNELLE : Le lavoir est désert ou histoire d’un épuisement maternel

Ce chapitre de ma maternité n’est pas simple à écrire, à décrire. La maternité est une si belle chose. Comment ne pas imaginer la douceur de ses peaux, ses odeurs de lait, ses bouts de nuits volés à l’éternité. Ces toutes petites mains qui s’agrippent, qui s’agitent. Ce doux parfum gravé dans l’âme, marqué dans le coeur pour chacun de ses petits êtres que j’ai mis au monde. Je les ai voulu, je les ai désiré pendant des décennies et ils sont arrivés comme une tempête dans ma vie.

Et pourtant, la quiétude de jours heureux, cet épanouissement maternel tant attendu, tant rêver, a faibli, a vacillé comme cette bougie en fin de vie jusqu’à s’éteindre complètement…

J’ai vécu (et vis encore parfois) cet épuisement maternel extrême, ce burn-out (je n’aime pas tellement ce mot). Mais que s’est-il passé ?

Tout d’abord, j’ai eu deux enfants rapprochés, 16 mois d’écart avec un accouchement catastrophique pour la première. Mon ainée n’a jamais vraiment bien dormi et dès sa naissance, les vraies nuits de sommeil ont été un lointain souvenir. Les journées si peu de siestes… Un déménagement à ses 3 mois à l’autre bout de la France. Puis mon corps m’a envoyé un premier message puisque j’ai eu une appendicite (à la limite de la péritonite) aux 6 mois de ma fille. Trois semaines après je tombais enceinte. Une grossesse éreintante, entre soucis de santé, allaitement pas toujours simple de la première. Et pourtant, je garde précieusement en mémoire ce moment où j’allaitais ma fille couchée sur mon ventre, pendant que son frère lui donnait de gentils coups de pieds. C’était magique.

Je suis arrivée épuisée à mon second accouchement.

À mon retour de maternité, j’ai eu de l’aide pendant 15 jours de la part de ma belle-mère. Puis mon mari aidait surtout à gérer l’ainée. Mais très vite, je me suis retrouvée seule avec mes deux bébés. Ce fut tellement chaotique… Ma vie n’était plus que pleurs, couches, pleurs, tétées, endormissements, maladies (parfois urgences), repas, linge et on recommence.

Avec mon époux, nous nous sommes totalement perdus de vue et avons parlé de divorce au moins 100 fois.

Un surpoids, l’impression d’être incapable de gérer les crises de mon ainée, l’absence totale d’émulation intellectuel, un manque de sommeil chronique, le stress d’un couple en crise, l’absence de moment de solitude, les conseils des uns et des autres m’ont fait plongé…

Alors chaque jour devenait une peine, où me lever était un enfer. Chaque jour, je me demandais comment j’allais survivre à cette journée bien trop remplie de tout. J’en pleurais le matin, j’en pleurais le soir. Je me suis complètement perdue. Les addictions ont pointé le bout de leurs nez : écran et nourriture.

Et pourtant, j’essayais de leur donner de l’amour, de les chérir comme je le pouvais.

Et cette culpabilité. Pourquoi je n’y arrive pas ? Pourquoi certaines avec 4 ou 5 enfants s’en sortent et en plus sont jolies, brillantes. Pourquoi je ne m’en sors pas ? Qu’est-ce qui cloche chez moi ?

J’ai longtemps cherché. Et j’ai compris à force de lecture, d’analyse. Nous ne sommes pas faites pour élever nos enfants seule, pas même à deux en tant que couple. Le fameux proverbe « il faut un village pour élever un enfant » est criant de vérité. J’ai bien remarqué à quel point je suis détendue quand je suis avec une autre maman et ses enfants, comment les choses sont plus simples. Les enfants jouent ensemble avec des âges différents, les mères sont attentives chacune avec un regard et une manière différente. Faire les repas, nourrir les enfants paraissent moins être un fardeau car les gestes sont partagés tout comme les paroles. Et les enfants sont souvent plus réceptifs à l’autorité des autres. Les douleurs, les blessures d’une mère sont gommés par ce temps de sororité et les manquements de l’une sont compensés par l’autre. Je trouve ça tellement doux.

Certaines me rétorqueront que mon mari aurait pu être présent. C’est vrai, il aurait pu l’être parfois. Il a juste voulu joué son rôle de pourvoyeur du foyer. J’en suis venue à le détester pour ça alors même que c’est ce que j’avais tant désiré. Nous cherchons encore notre équilibre à l’heure où le modèle de famille traditionnelle que nous avons choisi n’est pas toujours bien vu, ni soutenu.

Et comme je ne peux pas m’empêcher de me raccrocher à l’histoire, j’ai replongé dans ces récits de vies. Les femmes se retrouvaient régulièrement pour échanger et travailler. Les enfants étaient toujours dans leurs sillages pouvant s’abreuver d’elle (au sens propre comme figuré) tout en profitant des autres adultes ou des autres enfants. Les femmes n’étaient que rarement abandonnées à leur sort. On se retrouvait au lavoir, sur la place du marché, dans les champs, à l’église. Très souvent plusieurs générations vivaient sous le même toit. Et dans l’aristocratie, il y avait aussi de nombreuses personnes qui gravitait autour des mères et des enfants.

Alors bien sur, le tableau n’était pas toujours idyllique. Loin de moi l’idée de réécrire l’histoire et d’affirmer que le passé est un modèle à suivre. Soyons heureux d’avoir abandonné tant de pratiques néfastes pour les enfants. Mais pour moi l’histoire sert à cela : tirer des enseignements des erreurs de nos ancêtres tout en mettant en valeur ce qu’ils nous ont légué de précieux.

Aujourd’hui, nous vivons dans une société profondément individualiste. Je le suis, nous le sommes tous plus ou moins fortement. Mes moments seules avec moi-même sont une soupape dont j’ai besoin tous les jours et je ne me verrais pas vivre avec ma belle-mère. Mais la solitude des mères est un fardeau bien trop lourd.

Je me suis beaucoup réfugiée dans les relations virtuelles, car isolée dans une nouvelle région, je n’avais qu’une seule amie sur qui compter. Cela n’a pas toujours été simple pour elle de partager tant de peine et si peu d’élan de joie… Je lui suis infiniment reconnaissante. J’ai donc conversé avec d’autres femmes grâce aux « réseaux ». J’ai « rencontré » des femmes admirables que j’apprécie beaucoup. Cependant, je suis triste de ne pas pouvoir rencontrée ces belles femmes car nous sommes toutes éloignées géographiquement.

Je vis dans un tout petit village de 238 habitants. L’église est fermée, l’école a disparue, il n’y aucun commerce et le lavoir a été abandonné. Aller vers l’autre n’est pas aisé surtout quand nous évoluons à contre-courant (je ne travaille pas, j’ai un religion souvent incomprise). Et en cette période de tempête sans électricité pour les unes sans internet pour les autres, notre vulnérabilité est grande tant matérielle que sociale. Les distances sont à nouveau plus grandes.

Je me mets alors à rêver de petites écoles réouvertes où nous pourrions aller à pieds, de temps d’échange et de travail commun avec d’autres femmes, d’églises ouvertes où chacun pourrait se recueillir quelle que soit sa spiritualité (car admirer simplement le patrimoine peut être un recueillement en soi), de solidarité auprès de l’ancienne ou de la jeune accouchée..

Et alors, la maternité pourrait retrouver son doux parfum d’éternité, sa quiétude des petits bonheurs fait de lait, de rires enfantins et de petits potelés…

1 réflexion au sujet de “ALCHIMIE MATERNELLE : Le lavoir est désert ou histoire d’un épuisement maternel”

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