La boue, les rochers, les plantes accueillent chacun de mes lourds pas. Entourée d’arbres, je renais à moi-même après des années dans une tanière que j’ai moi-même bâtie et dont je n’arrivais plus à sortir. J’aurais été une louve, je n’aurais pas eu le choix et la meute m’aurait apporter du réconfort et un peu de relais.
Je suis donc sortie marchant sur ce sentier le long de l’eau bouillonnante. La nature est là mais tout près quelques pierres ordonnées rappellent que des hommes ont vécu là bien avant moi, façonnant la rivière pour faire tourner les moulins à grains et de leur existence.
L’air est frais en ce mois de février, vivifiant me montrant que oui je suis toujours vivante malgré mon corps douloureux qui ne sait plus vraiment se mouvoir correctement. Je dois réapprendre.
J’essaie de vivre cet instant de le savourer comme il se doit, je suis enfin seule, sans cris, sans tâche, du moins pour une paire d’heure. J’ai envie de m’allonger sur la mousse et les feuilles et de respirer l’humus. Ça fait des lunes que j’ai cet appel, me coller là et m’enfoncer loin pour communier… Pourquoi ne pas y rester la nuit et allumer un feu, naturellement, comme le faisait nos ancêtres. Et que diraient-ils nos ancêtres justement ? Car oui au-delà de la plénitude de cet instant, ma bouche à un goût amer et de sang. Je suis assaillie par une souffrance lancinante… Cela fait bien longtemps que je vis avec mes propres paradoxes et les paradoxes de mon espèce. Comment peut-on tout détruire ainsi ? Certains nous préviennent depuis si longtemps. Comment pouvons-nous encore croire que le chemin peut continuer de cette manière ?
Je dois bien l’avouer, je fais partie de ces personnes qu’on dit pessimiste, car non je ne pense pas que la science des humains nous sauvera. Et puis l’historienne a bien observé ce cycle :
Naissance / Mort / Renaissance
Naissance / Mort / Renaissance
Naissance / Mort / Renaissance
Notre civilisation mortifère s’effrite de tous les côtés et nous emportons avec nous une bonne part du vivant. Je me sens honteuse de faire partie de cette civilisation et de l’alimenter, de lutter pour m’en défaire avec une grande difficulté. Pourtant des humains sur la planète font autrement et eux aussi nous alertent depuis bien longtemps.
J’ai mal de porter cela en moi… Et de le transmettre à mes enfants, héritiers de cet occident qui brise les forêts pour mieux en soutirer chaque atomes de minéraux qu’il a cru magique… Elle est là la magie noire, la vraie, celle qui nous tue, nous et nos semblables du peuple du vivant.
J’arrive au bout du sentier mais j’ai le sentiment que je ne suis pas la seule… Notre civilisation aussi. Elle est même au-dessus d’une falaise comme celle que la mer grignote de cette vagues incessantes.
Oui j’ose petit à petit à dire ces mots : effondrement, collapsologie et écoanxiété…
Finalement, mes émotions sont bien reliées à celle de la Terre mais pas forcément comme je l’avais imaginé.
Cependant, je ne suis pas pessimiste, ce n’est pas dans ma nature. Je crois à la fin de notre civilisation telle que nous la connaissons aujourd’hui mais pas encore à la fin de l’Humain.
Au bout du sentier, une clairière, j’ai la chance de voir plus loin. Une buse m’offre son cri strident profitant des courants ascendants, et le pic tape dans un tronc pour préparer le nid de sa descendance et nettoyant ainsi l’arbre de sa vermine.
Et moi que puis-je faire ? Je n’ai pas encore la réponse exacte mais j’avance pour entrer à nouveau dans la forêt. Peut-être me faudra-t-il encore traverser le cycle pour trouver.

Honnêtement je sais pas de quelle civilisation tu parles mais si en gros c’est « l’occident capitaliste » actuel sa fin ne sera jamais assez tôt venue. Je pense que si c’est vers ça qu’on avance enfin c’est au contraire de quoi être optimiste et une excellente nouvelle que le glas sonne pour ce mode de production destructeur de vies.
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Vivement la Re-naissance !
Je te comprends tellement… Si nous n’y arrivons pas, nos enfants eux, sauront quoi faire pour Renaître 🙂
Gardons la Foi
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