Me voilà seule face à ce petit être si calme et serein.
Césarienne et Covid m’oblige à passer une semaine entière seule avec ma petite elfe. Je pourrais ainsi la découvrir. Mais est-ce bien normal de partager la joie de cette nouvelle vie loin de tous, même de son papa !
Le ventre douloureux, chaque geste est compliqué et rien n’est naturel. Je dois sonner à chaque fois que je souhaite prendre mon bébé contre moi ou la faire téter. Les découvertes de l’allaitement ne sont pas simples. Douleurs, crevasses, frein de langue…
Une semaine sans intimité, sur un matelas qui fait souffrir plus que l’opération en elle-même. Je veux sortir, je n’en peux plus du bruit des couloirs et du béton. Laissez-nous sortir au soleil.
Enfin, nous sommes « autorisées » à partir. Une nouvelle vie à 3. Seulement à 3. Pas de mois d’or pour nous. Seule la visite de la sage-femme et du médecin sont possible.
Et voilà que la candidose mammaire s’invite sur notre chemin. Douleurs, douleurs à chaque tétée. Je serre des dents encore plus qu’à l’accoutumé (maudit bruxisme).
Me petite est si belle, je l’aime tellement. L’avoir contre moi. Mais c’est si dur ! Pourquoi. Plus de sommeil, plus de moments à soi, ou pour le couple. Mon corps porte tout le poids de cette maternité. Un jour on se regarde dans le miroir et on ne se reconnait plus : je suis voutée, je me suis repliée.
Je suis si forte et faible à la fois.
Je pleure et j’aime tellement. J’imprime sa peau, son odeur. Du peau à peau encore et encore. La beauté
Je fais preuve d’une empathie extrême et d’une hypersensibilité incontrôlable…
Je pleure encore. Elle pleure encore
Et cette lignée de femmes et de mères blessées… Qu’en faire ?
Et cette charge mentale qui plus jamais ne nous lâche.
Mais ce regard, cet amour encore et encore.
Je n’arrive pas à lâcher prise.
J’explose d’amour et pourtant je voudrais parfois un moment à moi. Plein de moments à moi. Des fois je ne réalise pas que je suis mère…
J’ai envie qu’elle grandisse mais en fait non….
J’apprends, j’apprends chaque jour de moi d’elle, de mon compagnon de vie.
Elle ne dort pas ou si peu. Pourquoi, pourquoi ?
Je porte, j’allaite, je porte, je berce, j’apaise; je berce encore, je caresse.
Et finalement chaque jour on grandit, elle grandit.
Ces sourires, ses petits bras et jambes qui s’agitent, les premiers rires, les premières fois encore et encore. Et la voilà déjà à 4 pattes avec une avidité pour découvrir le monde. Et bientôt sur ses deux jambes.
L’ombre de mon esprit, tel un spectre, a bien failli me faire basculer parfois. Mais cette lumière, celle de la vie pure, dure m’a rattrapé plus d’une fois. Au point même qu’elle a décidé que là, dans mon ventre meurtri quelques mois auparavant, une nouvelle vie se loverai.
Ma petite elfe a un an et un tout petit patiente depuis 5 lunes au creux de moi.

